Les vergers stressés conduisent à des pommes Ambrosiaᵐᶜ blessées

Un lien entre l'échaudure molle en cours d’entreposage et le stress hydrique pendant le développement est découvert dans une variété de pomme très appréciée.

La populaire pomme AmbrosiaMC,  dont le nom signifie « nourriture des dieux » dans la mythologie grecque, représente le tiers des pommes cultivées en Colombie-Britannique, avec une valeur à la ferme de plus de 12,5 millions de dollars. Avec son goût sucré de miel et sa chair claire qui brunit lentement, elle fait honneur à son nom et peut encore être croquante, juteuse et pleine de saveur au milieu de l’hiver, pourvu que les pommes ne succombent pas à un trouble d’entreposage courant connu sous le nom d’échaudure molle. L’échaudure molle a tourmenté les producteurs de variétés de pommes susceptibles et a mis au défi les scientifiques qui cherchaient des solutions. Il est donc intéressant qu’une équipe de recherche d’Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) ait découvert un lien entre l’irrigation des vergers et l’échaudure molle chez la pomme AmbrosiaMC.

Le fait de réduire l’irrigation de la mi-juillet jusqu’à la récolte entraîne des taux élevés d’échaudure molle chez les pommes AmbrosiaMC.  --Changwen Lu

Quand voit-on l’échaudure molle?

Après la récolte, les pommes sont habituellement refroidies à moins de 3°C pour les garder savoureuses et fermes jusqu’en hiver. Cela permet aussi de les exporter vers les marchés étrangers et de les vendre en épicerie jusqu’au printemps. Malheureusement, les pommes AmbrosiaMC  peuvent développer des meurtrissures connues sous le nom d’échaudure molle lorsqu’elles sont entreposées à ces températures ou laissées trop longtemps sur l’arbre : des taches brunes qui s’étendent sur la peau et pénètrent dans la chair claire, rendant les pommes auparavant délicieuses immangeables.

Les producteurs d’AmbrosiaMC  entreposent plus de 50 millions de livres de pommes par saison au Canada, soit une valeur marchande d’environ 100 millions de dollars, en vue de les distribuer tout au long de l’année. Les producteurs sont dévastés lorsqu’ils voient leur précieuse récolte se transformer en déchet aussi tôt qu’un à trois mois après la récolte, les dommages s’intensifiant avec la durée de l’entreposage. De nombreux efforts ont été déployés pour comprendre la cause de l’échaudure molle et trouver des remèdes potentiels, lesquels ont souvent échappé aux scientifiques. Changwen Lu et Peter Toivonen, du Centre de recherche et développement de Summerland d’AAC, sont ravis d’avoir réussi à élucider une partie de l’énigme. 

Le moment de vérité

« Nous avons eu un moment de sérendipité », rapporte Changwen Lu, le biologiste qui dirige ce projet. « Alors que nous testions la qualité et les conditions d’entreposage pour un autre projet de recherche, nous avons remarqué que certains vergers présentaient des taux élevés d’échaudure molle, alors que les vergers voisins n’en avaient pas. Dans un des vergers qui présentait des taux historiquement élevés d’échaudure molle, les pratiques d’irrigation ont été modifiées et cette année-là, et il n’y a pas eu d’échaudure molle. Nous nous sommes demandé si l’irrigation pouvait être un facteur important dans la prévention de l’échaudure molle et nous avons conçu une expérience pour vérifier notre hypothèse. » Cette observation astucieuse a porté fruit, puisque l’équipe a découvert que, chez AmbrosiaMC, l’échaudure molle est liée à l’arrêt de l’irrigation avant la récolte. Plus les pommiers sont laissés longtemps sans eau, plus les pommes sont susceptibles de développer l’échaudure molle pendant l’entreposage.

« De nombreux producteurs de pommes AmbrosiaMC  placent des couvertures de rangs au sol pour synchroniser le rougissement de leur culture. Nous avons constaté que le type de matériau utilisé pour les couvertures est important pour éviter l’échaudure molle », a expliqué M. Lu. « Un film solide, comme le Mylar®, ne laisse pas passer l’eau et stresse les pommiers, ce qui entraîne une grave échaudure molle lors de l’entreposage des pommes. En revanche, un tissu en polyéthylène blanc à mailles lâches permet à la majeure partie de l’eau d’irrigation de s’écouler dans le sol, et on ne voit pas beaucoup d’échaudure molle dans les pommes entreposées. »

Amener la recherche dans les vergers

Mais ce n’est pas aussi simple que d’ajouter de l’eau; le développement des pommes est un processus dynamique qui se déroule tout au long de la saison, et le moment de l’irrigation est crucial. « Réduire l’irrigation de la mi-juillet jusqu’à la récolte entraîne des taux élevés d’échaudure molle des pommes AmbrosiaMC », souligne Changwen Lu. « Le manque d’eau à long terme déclenche l’échaudure molle. Mais, un excès d’eau au moment de la formation des fruits, entre la fin juin et la mi-juillet, réduit la qualité des pommes en entreposage en diminuant leur matière sèche. »

Il s’agit donc d’un équilibre délicat : arroser abondamment de mai à la mi-juin pendant le débourrement et la floraison pour permettre la division cellulaire, l’absorption du calcium et la photosynthèse essentielle, puis réduire l’irrigation à mesure que les fruits se développent de la fin juin au début juillet pour encourager l’accumulation de matière sèche, laquelle est essentielle pour obtenir des fruits savoureux de haute qualité, puis irrigation complète de la mi-juillet à la mi-septembre pour s’assurer que les pommiers ne subissent aucun stress pendant cette période de forte demande en eau.

Il faut de l’habileté, une attention aux détails et de la patience pour obtenir le bon équilibre entre l’irrigation, les conditions de chaque verger et les conditions propres à chaque année de croissance, mais la récompense de pouvoir, en plein hiver, mordre dans une pomme croquante et juteuse, au goût de miel, en vaut la peine. Un arbre stressé ne produit pas des pommes exquises, mais une gestion habile de l’eau dans le verger garantira des pommes AmbrosiaMC de grande qualité qui survivront à l’entreposage et nous permettront de nous régaler de la « nourriture des dieux » tout l’hiver.

Vous souhaitez en savoir plus?

Lu, C. et P.M.A. Toivonen. Scheduling adequate irrigation mitigates postharvest soft scald disorder of Ambrosia™ apples growing in semi-arid eco-zone (Prévoir une irrigation adéquate pour atténuer l’échaudure molle après la récolte des pommes AmbrosiaMC  dans une écozone semi-aride). En cours.

Toivonen, P.M.A. , C. Lu, et J. Stoochnoff. Postharvest quality implications of preharvest treatments applied to enhance Ambrosia™ apple red blush colour at harvest (Incidences des traitements effectués avant la récolte pour améliorer la couleur rouge des pommes AmbrosiaMC  au moment de la récolte). Revue canadienne de phytotechnie = Canadian Journal of Plant Science 99: 40-49 (2019).  https://cdnsciencepub.com/doi/10.1139/cjps-2018-0193.

Toivonen, P.M.A. (2019). Relation between preharvest conditions, harvest maturity and postharvest performance of apples (Relation entre les conditions avant la récolte, la maturité des pommes à la récolte et leur rendement après la récolte). Acta Hortic. 1256, 469-480 DOI: 10.17660/ActaHortic.2019.1256.67  https://doi.org/10.17660/ActaHortic.2019.1256.67

Rencontrez Peter Toivonen, Ph. D. : Dr Peter M.A. Toivonen | Répertoire des scientifiques et des professionnels (science.gc.ca)

Par Naomi DeLury

 

Photo de Changwen Lu, MSc Changwen Lu travaille comme biologiste d’AAC dans le domaine de la recherche post-récolte depuis 23 ans. Les études de Changwen sur l’échaudure molle ont été initiées dans les régions semi-arides de Cawston, en Colombie-Britannique. Il est reconnaissant à tous les arboriculteurs qui ont contribué à rendre ces recherches possibles.

Photo de Peter Toivonen, PhD Peter Toivonen a passé sa carrière à AAC à soutenir les producteurs par des recherches post-récolte novatrices, se spécialisant dans l’apport de solutions pratiques à des problèmes réels. Peter a récemment pris sa retraite et aime explorer les Grands Lacs en Ontario. 

Image de différents degrés d’échaudure molle chez des pommes. Légende de l’image : Image de différents degrés d’échaudure molle chez des pommes. Photo : Brenda Lannard.